Dans les starting-blocks
25 janvier 1952. Démarrage, le moteur s'allume, tu passes la Première.
Ton début de vie se déroule à Saint-Florentin. Deuxième d'une fratrie de quatre, la vie n'est pas toujours douce, ni facile. Entre la pauvreté, le bagage générationnel, le manque matériel et affectif, tu dois malgré tout avancer.
1964, 12 ans, tu passes la Seconde.
Tu pars au Mans chez les enfants de Troupe. La vie n'y est pas plus douce, mais tu dis ne plus être une charge pour tes parents, cela te satisfait et tu t'y épanouis pendant plusieurs années. Tu y fais de belles rencontres, tu t’instruis, tu y fais du sport, des compétitions et tu lis, ce que tu aimes tant.
Début 1970, tu passes la Troisième.
Tu fais tes études à Paris, rencontre Chantal en août 1973 qui sera ta première épouse. Tu deviendras père en 1975 avec Anna, en 1980 avec Antoine et en 1988 avec moi.
Le rôle de père n'est pas évident lorsque l'on a pas eu l'exemple adéquat.
Alors, tu tâtonnes.
Au départ, difficile de dire tes sentiments, ton amour, mais tu sauras trouver d’autres moyens pour nous le montrer et le manifester.
Les histoires du soir, les balades à vélo (souvent en faisant la course), les devoirs (qui rimaient parfois avec cauchemar), la conduite accompagnée, les nombreux cadeaux pour nous émerveiller. Tant de gestes et de moments où l'on avait un peu de ton temps et ton attention.
Tu nous as aidé et soutenu dans nos différents projets, études, achat de maison et travaux en tous genres. Heureux de nous savoir heureux, épanouis et en sécurité.
Années 80 : Tu passes la Quatrième.
Professionnellement, après quelques années de salariat, virage serré à gauche en prenant le risque de te lancer à ton compte. Libéral qui rime à ce moment avec liberté : ciao les cons de patrons ! Tu mets de côté l’architecture pour devenir expert en assurances. Vous quittez Paris pour venir vous installer Chantal, Anna, Antoine et toi à Rigny-le-Ferron, dans ce pays d'Othe que tu aimes tant. Les travaux de rénovation dans la maison vous occupe bien avant que l'activité professionnelle ne démarre à plein régime.
Dans les années 90/2000, tu passes la Cinquième.
Le pied sur la pédale d’accélérateur, à toute berzingue sur les routes de campagnes. Tu sillonnes l'Aube, l’Yonne et ailleurs pour aller constater les dégâts chez les sinistrés.
Période à toute vitesse où tu tentes de repousser les limites du temps.
Tes journée commencent très tôt pour se finir très tard.
Tu fais quelques haltes, rares, mais précieuses, alors nous en profitons :
Balades en forêt et Cueillettes des champignons à l'automne.
Baignades et pêche à Germiny.
Parties de Belote, trou du cul et Tarot endiablées.
Vacances en Vendée, en Bretagne, en Espagne, à Argelès...
Mais, vite, il faut repartir au boulot !
C'est en 90 que tu changes de trajectoire dans ta vie de couple et où tu poursuivras, jusqu'à la dernière minute, ta relation avec Anne-Marie qui prend soin de toi.
Tu deviens grand-père en 2004 avec la naissance d'Héry, puis de Noam en 2007 et Léo en 2011. Merlin naît en 2013. En 2014 viennent Lou et Marceau. En 2015 arrive Nils et pour terminer, Lino en 2018.
Dans les années 2010, tu rétrogrades.
Il y a 13 ans, Merlin arrive et Anne-Marie devient Anne-Mamie. Elle t'encourage à freiner un peu plus, à prendre le temps de la vie et des petits-enfants. Toujours en Volkwagen, tu passes de la Golf au Touran. Plus de place pour rouler avec les petits-enfants direction Gérarmer. Tu t'amuses même à faire le maximum de kilomètres avec un plein d'essence en adoptant une conduite écolo et responsable.
La retraite ? Il ne faut pas s'arrêter complètement, mais lever le pied progressivement !
Tu auras su garder ton âme d'enfant et tu joues avec eux comme tu as joué avec nous petits. En te mettant à leur hauteur : « Achtung, bicyclette, Pompe à vélo ! »
Toujours heureux d'accueillir et de rassembler : nombreuses sont les invitations à la famille et aux amis, sur la terrasse de Rigny ou à l’appartement de Troyes.
Champagne pour recevoir !
Généreux, convivial, engagé, fin gourmet, tu associes toujours un met avec une bonne bouteille pour le plaisir des papilles, pour « éduquer le palais » !
Chablis, Epineuil et Bordeaux s'invitent à la table de tes convives.
Gourmand à une période : Mi-Cho-Ko, fraises tagada et mousse au chocolat.
Tu fais des haltes actives, créatives, souvent excessives. Lecture de polards enchaîné du Canard. Peinture, Écriture, poésies, culture, visites de lieux historiques. Tu cultives ton monde intérieur frénétiquement et t'en sers pour le partager avec tes proches aux moments de discussions incarnées et animées.
Dans l'eau tu te plais, tu aimes te baigner.
Tu t'émerveille de la beauté des paysages et du vivant.
Bûcheron à temps partiel, tu tronçonnes, fends et débites pour faire tes provisions en stères, car Frileux, avec une thyroïde qui te joues des tours, tu cherches la chaleur. Proche du poêle à bois en hiver, couvert de tes trois polaires, tu te réchauffes grâce aux rayons du soleil en été, tout bronzé !
Combattant, compétiteur, tu as tracé ta route. Résilient, tu as été capable de rectifier ta trajectoire après des accrochages, des pentes raides et des accidents de la vie. Jusqu'à la fin, tu auras su grandir et faire grandir ceux qui t'entourent.
La ceinture de sécurité, est celle du Lien, des Liens que tu as su maintenir et entretenir. Aujourd'hui pour cette journée d'hommage en ton honneur, tant de personnes se sont manifestées en ta mémoire.
Tu auras su nous transmettre de nombreuses valeurs, comme celle de l'effort et du travail, de l'amour des autres, de la nature et des animaux.
Ce 11 août 2026, tu as atteint la ligne d'arrivée. Le moteur s'est éteint.
On aurait bien dit « non » pour que tu ne partes pas si tôt, tu nous aurais répondu : « ba, c'est pas comme ça qu'on dit oui ! ».
Alors, nous allons travailler dur à notre tour, pour accepter ton départ.
Tu nous laisses continuer notre route sans toi. Notre chagrin est aussi grand que l'amour que nous te portons. Mais nous sommes riches de nos souvenirs communs et des moments partagés. Nous sommes riches des rigolades, des lyssonnades, jeux de mots et calembours que l'on aimait inventer ensemble.
Tes embrassades chaleureuses, ta voix, tes rires et ton odeur vont nous manquer, mais l'amour va rester. Tu vas continuer à vivre en nous et nous allons continuer à te faire vivre en pensant et en parlant de toi.
Je t'aime P'pa, nous t'aimons Papy Lys !
Ta fille Aurore.